Nicolas's profileNext Exit Please : Blog ...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
Ubik - Une époque (virtuelle) formidable #3 : Narcisse 68
Dans mon dernier post Ubik, je m'interrogeais sur les dégâts qu'une génération boboïsante et déstructurée pouvait causer à l'institution Education Nationale, suite au lancement d'un site Internet se proposant de noter les professeurs. Cette fois-ci, curieux enchaînement de circonstances, c'est la commémoration annoncé en grande pompe d'un événement qui suscite un nouveau billet un rien naufrageur... - Narcisse 68 ou le "Miroir, mon beau miroir" d'une génération désolante Il est fascinant de constater que le grand événement que la presse française nous invite à célébrer avec ce goût du regard dans le rétroviseur si propre à notre contrée progressiste, ce n'est ni la prochaine Présidence française de l'Union Européenne (qui pourrait être décisive dans la construction d'un espace géographique décomplexé et solidaire) ni l'avénement d'une nouvelle génération de dirigeants aux Amériques (qui pourrait changer en profondeur le rapport Nord-Sud... et dont Barack Obama n'est que la possible conclusion). Non, ce qu'il faut célébrer, ce qu'il convient de chérir, c'est le souvenir confit et les frasques moisies d'une génération ayant pour tout ouvrage édifié de lointaines barricades et initié le mouvement historique de mise à bas de l'héritage républicain sous couvert de revendication démocratique (comprendre : le droit pour tous, le devoir de rien). Ce qu'il faut célébrer donc, c'est l'horizon éternel et indépassable de mai 68. Dieu que cette génération est imbue d'elle-même! Dieu qu' elle aime mirer son visage maintenant fripé dans le miroir de la petite histoire "moyenne bourgeoise" qu'elle incarne désormais, après avoir brocardée de mille traits l'esprit "petit bourgeois" de la France de Mauriac et consorts! Que reste-t-il donc à célébrer, sinon la révolte estudiantine qui aura permis à quelques futurs brillants et publicistes de tester leur talent du slogan définitif et simplicateur et à une génération entière de sectateurs et plumitifs en toude prendre place au sommet de la pyramide sociale et remplacer les quinquagénaires bedonnants qu'ils dénonçaient autrefois (qu'on en juge par le destin médiatique et professionnelle de nombre des animateurs de cette micro-révolution en veste de velours). Certains analystes iront même jusqu'à voir dans l'irruption du culte du soi et de l'immédiateté et dans le remplacement de la politique par la morale (ou les fameuses "valeurs" tant martelées lors de la dernière présidentielle) les germes d'une révolution ultra-libérale où le "Moi, Je" devient la mesure de toute action. Certes, l'histoire sociale est souvent affaire de répétition et les révoltés d'hier sont souvent les révoltants d'aujourd'hui, une fois leur place sécurisée sur cette si chère plage jadis masquée par le triste pavé parisien. Il est dès lors peu étonnant de voir Libération et Le Nouvel Observateur, média construits par et pour S'il est trop simple de vouloir en finir avec mai 68 comme cela a été simultanément proposé par Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit (étonnante communauté d'opinions...), il est tout autant trompeur de se vautrer dans la nostalgie d'un événement dont la descendance est finalement si ambiguë et dont les slogans pèsent tellement aujourd'hui sur l'avenir d'une éducation républicaine, donc égalitaire, non parce que chacun obtient la même chose, à savoir un diplôme faire-valoir, mais parce que chacun dispose des mêmes chances d'exprimer son potentiel par son travail et non par un supposé droit à la jouissance. Jean-Pierre le Goff, philosophe et socioloque résume d'un trait la problématique dans un passionant entretien croisé avec Jérome Vidal : "La dynamique issue de Mai 68 est morte et les défis d’aujourd’hui se présentent souvent à front renversé : le problème n’est plus la libération de la parole mais sa qualité et sa cohérence, la décrédibilisation de l’État et des institutions, l’effritement du modèle républicain… Si 68 a exprimé l’aspiration à participer à la vie publique, c’est hors de l’utopie soixante-huitarde, dans le cadre d’une société démocratique moderne, qu’il faut trouver la réponse à cette aspiration." - Rue89 ou "les copains d'abord" ? N (génération Albator 84...) TrackbacksThe trackback URL for this entry is: http://nextexitplease.spaces.live.com/blog/cns!3EA1553BDF3050A6!708.trak Weblogs that reference this entry
|
|
|